ovni-belgique-1989b Le 4 avril 1990 à Petit-Rechain (Belgique), en plein milieu de la vague belge, une photographie insolite retient l'attention. On y voit un objet volant non identifié, de forme triangulaire, avec une lumière sous chaque angle et une autre en son centre. La photo (ci-contre) est floue, mais on y distingue sans nul doute ce qui va être pendant vingt ans considéré comme un authentique engin volant non identifié.

Des analyses sont faites, par la S.O.B.E.P.S., par des scientifiques tel que M. Auguste Meessen, par M. François Louange, rien ne vient remettre en doute l'authenticité du cliché. La photographie devient une référence. Des centaines d'ufologues la prennent en exemple pour démontrer l'existence du phénomène O.V.N.I., à commencer par l'auteur de ces lignes. On la trouve sur les sites internets, dans les livres, sur leur couverture même.

 

Et voilà que fin juillet 2011, le 26, on apprend qu'il ne s'agirait que d'un canular. Un homme, M. Patrick M., s'exprime à la télévision belge et lève le mystère. L'information est reprise par de nombreux médias télévisés et ecrits. Les ufologues hésitent entre colère et déception, remettent parfois en doute ce nouveau témoignage. Ceux qui avaient enquêté à l'époque sur cette image se remettent au travail à l'image de M. Meessen qui repart rencontrer le témoin, s'entretient longuement avec lui et envisage cette nouvelle piste, cherche un moyen de la faire correspondre aux analyses, revoit ses conclusions. Les médias, trop souvent frileux lorsqu'il s'agit de parler des cas qui restent non identifiés, suivent l'affaire de très près – trop? -, jusqu'en France même où les principales chaînes de télévision et de radio reprennent l'histoire.

Nous, à OVNI-Languedoc, nous regardions tout ça de loin. Après-tout, la Belgique, ce n'est pas la porte à côté! Aucun de nous n'avait travaillé sur ce dossier à l'époque, surtout pas moi qui habitais alors en Espagne ni même Bruno Bousquet qui avait suivi toute l'affaire depuis son domicile héraultais. Mais, alors que nous ne nous intéressions à ce dossier qu'à distance, nous avons eu la chance d'entrer en contact avec le principal protagoniste de cette affaire, M. Patrick M.

P1040346 Nos discussions nous ont amené à lui poser quelques questions auxquelles il a fort gentillement accepté de répondre. Le jeune homme de vingt ans qui s'est laissé embarqué dans une histoire amusante a bien changé (voir ci-contre la photo datée du 2 août 2011). Nous retranscrivons ici la substantifique moelle de nos échanges:

 

Question d'OVNI-Languedoc: Pourquoi avoir tant tardé avant de révéler la vérité?


Réponse de M. Patrick M.: Au début, je ne me suis pas occupé de la photo, j'ai juste regardé ce qui se passait quand on en parlait. J'ai bien évidemment eu plusieurs fois l'envie de tout dire puis, ce sont ces derniers jours, en relisant des articles sur le net, que je me suis dit qu'il était grand temps de dévoiler la vérité.


Q: Qui avez-vous contacté pour révéler la vérité sur la photo du Petit Rechain et comment vous êtes-vous retrouvé devant les caméras de la télévision?


R: J'ai contacté RTL. Je voulais juste leur expliquer comment et pourquoi j'avais fait la photo, sans prendre parti, mais garder l'anonymat cela ne se fait pas donc j'ai accepté qu'ils me montrent sans toutefois dire mon nom de famille ni mon adresse.


Q: La révélation de la manière dont a été obtenue cette photographie a provoqué une énorme déception chez les ufologues parmi lesquels beaucoup la considéraient comme authentique. Aviez-vous envisagé ce type de réaction?

 

R: Non, je n'ai jamais voulu décevoir qui que ce soit et je m'en excuse. Et surtout pas la S.O.B.E.P.S. qui a fait beaucoup de travail, pas sur ma photo mais dans toute la Belgique. Cette photo n'est rien à côté de tous les témoignages recueillis à cette époque. Moi, j'ai juste mis une image sur ce que des milliers de personnes avaient vu et auprès d'eux je m'en excuse. Eux ont eu la chance de voir et moi j'ai profité de ce qu'ils ont vu. Cela ne remet sûrement pas en cause la vague belge. Elle est là et le restera. Mille excuses à la S.O.B.E.P.S. Et tout particulièrement à Patrick Ferryn, Michel Bougard, Lucien Clerebaut, Auguste Meessen et au monde entier.

 

Q: Qu'est devenue la maquette?

 

R: Je l'ai détruite très peu de temps après.


Q: J'ai dû chercher ce qu'était la frigolite. Vous avez aussi utilisé trois ampoules. Comment avez-vous réalisé la photographie? La maquette était-elle accrochée à un fil?


R: En fait, il y avait quatre ampoules. J'ai découpé la maquette dans de la frigolite, d'une longueur approximative de 60 ou 70 centimètres sur la grande base, je l'ai peinte avec une bombe de couleur bleue métalisée qui me restait. La couleur faisait fondre la frigolite, ce qui a donné une multitude de bosses. J'ai mis des ampoules de lampe de poche, celle du milieu, je l'ai peinte au marqueur indélébile rouge, le tout raccordé à une pile de 9 volts. J'ai accroché la maquette dans le jardin à une hauteur de 2 mètres du sol, plus ou moins. Plusieurs fils ont été nécessaires pour la mettre en position voulue. J'ai mis mon apparail sur pied et en faisant attention de ne rien avoir dans le champ de vision j'ai pris les photos à des heures différentes, en fait, des diapositives. Après développement, j'en ai choisi une qui me semblait bien.


Q: Vous venez de rencontrer M. Auguste Meessen. Il s'est posé des questions auxquelles vous n'avez pas pu répondre, par exemple, pourquoi quatre lumières sont visibles alors que vous n'avez utilisé que trois ampoules ou encore les raisons qui font que la couleur varie alors que les ampoules étaient identiques. Cela vous paraît-il étrange?


R: J'ai beaucoup parlé avec M. Meessen depuis et il n'a jamais été question de trois ampoules mais quatre, et je lui ai bien dit que je ne peux expliquer ce qui s'est passé. Moi, je ne suis pas un chercheur. Pour l'instant, je lui ai expliqué comment j'avais fait et il a une idée de comment ça a pu se produire et de la raison qui fait que personne n'a su voir que ce n'était qu'une maquette mais on y travaille toujours.


Q: Comment s'est passée votre rencontre avec la C.O.B.E.P.S.?


R: Quand à l'époque cela a dépassé toute espérance et que je ne pouvais avouer le mensonge, j'ai juste dit une invention, la plus courte possible sans trop de détails.


Q: Connaissez-vous quelqu'un d'autre qui pourrait appuyer votre témoignage?


R: Oui, M. Meessen ne me croit pas vraiment. J'avais mis à l'époque un collègue de l'usine dans la confidence et lui avais tout montré. Je lui ai donné son nom et le lieu où il vivait à l'époque vu que je n'ai plus de contacts avec lui depuis plus ou moins quinze ans. Il l'a retrouvé et il a bien confirmé que j'avais fait une maquette ainsi que tout ce que je disais.


Q: Une autre maquette va-t-elle être reconstruite? Dans quel but?


R: M. Meessen m'a dit que ce n'était plus la peine mais vu que je l'ai promis, oui je vais le refaire et essayer de voir ce que ça donne. Il est toutefois bien évident que cela ne redonnera jamais exactement la même chose que ce que cela a donné la première fois sans le vouloir.


Q: Avez-vous gagné de l'argent avec cette histoire?


R: Non, je n'ai jamais touché quoique ce soit à cette époque ni maintenant. Il y a sûrement le photographe de l'époque, M. Mossay, à qui j'avais prêté la diapo qui, lui, a peut-être touché quelque chose mais moi non. Hormis l'échange de mon appareil photo que l'on m'avait demandé de prêter pour analyse et que, pas mal de temps après, quand j'ai voulu le récupérer, on m'a proposé d'échanger contre un autre qui était un peu mieux. J'ai accepté. Sur ce, par simple curiosité, j'aimerais bien savoir si quelqu'un a touché de l'argent avec ma photo et combien.


Q: Votre vie a-t-elle été changée par votre révélation?


R: Non, sûrement pas. Il n'y a pas de raison.


Q: Que pensez-vous du phénomène OVNI?


R: Je crois aux ovnis, enfin, je crois que si nous sommes là, il n'y a pas de raison pour qu'il n'y ait pas une autre planète habitée. De là à dire s'ils seraient capables de venir jusqu'ici... Si cela se trouve, ils sont bien moins évolués que nous, allez savoir.


A OVNI-Languedoc, comme ailleurs, nous avons été très déçus d'apprendre que cette photographie avait pour origine une farce de jeune homme. Toutefois, elle ne remet pas en cause, comme le dit d'ailleurs M. Patrick M., l'ensemble de la vague belge. Des centaines, des milliers de témoins, dont des pilotes, militaires ou civils, ou encore des gendarmes, ont observé à cette époque des phénomènes inexpliqués.


Il ne s'agit finalement que d'un cas parmi d'autres et, comme nous avons l'habitude de le faire lorsque un dossier reste non élucidé comme ce fut le cas lors des observations de 2006 au-dessus de Montpellier, nous transmettons l'information lorsque un autre trouve son épilogue, aussi décevant puisse-t-il être pour certains. L'ufologie dispose encore de bien des arguments pour justifier de son existence.



Thierry Gaulin, le 2 août 2011.