Il arrive parfois –assez rarement il faut l’avouer- qu’une observation d’un phénomène non identifié retienne autant l’attention des médias. L’affaire dite de Millau fait partie du lot, qui a nécessité de longs mois d’enquête, des milliers de kilomètres parcourus, pour un cas finalement identifié par les enquêteurs qui faisaient partie à l’époque de feu SOS-OVNI puis d’OVNI-Languedoc. Voici ce qui pourrait être un exemple à suivre pour tous ceux qui croient encore que l’ufologie, c’est se planquer derrière un clavier et se connecter à Internet !

LIVRE11

Tout démarre par le visionnage d’une séquence vidéo (voir image ci-dessus), filmée par un ambulancier depuis l’autoroute A 75 à hauteur de l’échangeur de Campagnac, à la limite entre les départements de l’Aveyron et de la Lozère. Nous sommes le 6 janvier 1999, il est 17h45. Après avoir effectué un rapatriement sanitaire, monsieur D. retourne chez lui, dans le Gard. A 46 ans, cette homme est considéré comme ayant les pieds sur Terre, comme on dit dans les rapports d’observation : il est sérieux, équilibré, d’ailleurs il ne croit pas aux OVNI... Il voudrait seulement comprendre ce qu’il a bien pu filmer depuis son véhicule, et c’est pour cela que, s’étant confié à des amis, le témoignage a atterri à l’association.

Il y a, dans le ciel, d’étranges traînées de couleur orange. Des traits, des points lumineux, au nombre de 5 ou 6. Ca fait un moment qu’il observe ça, mais nous sommes sur une autoroute, et il n’est pas facile (c’est même interdit) de s’arrêter. Dès que l’occasion s’en présente, il stoppe son véhicule (sur la bande d’arrêt d’urgence), se saisit de son camescope, et filme, se calant contre la voiture.

Par chance, le film n’est pas si mauvais que cela, et il dure 90 secondes. « Enfin quelque chose à nous mettre sous la dent ! » s’exclament les enquêteurs. Pour une fois en effet, nous tenions là un document exceptionnel, enregistré par un camescope haute définition Hi8, sur une cassette de 495.000 pixels (n’oublions pas que nous sommes en 1999...), et puis surtout, nous détenions là un original, transmis directement, que nous allions pouvoir faire analyser. Intrigué mais nullement affolé, notre témoin restera en contact avec l’association et se prêtera longtemps au jeu des questions-réponses, et refera même un déplacement sur les lieux malgré un emploi du temps très chargé.

L’enquête est aussitôt déclenchée. Direction les aéroports, les pompiers, les gendarmes, et un appel à témoignage dans la presse. Que pouvaient bien représenter ces images : une colline enflammée ? Des traînées d’avions ? Un phénomène météorologique ? Un exercice militaire ? Des fusées ? ... Un OVNI ? Les pompiers ne déclarent aucun incendie, les gendarmes n’ont rien signalé non plus, la Grande Muette... reste muette. Mais c’est sans compter sur l’aide précieuse de Perry Petrakis, à l’époque président d’SOS-OVNI et directeur de la revue Phénomèna, qui insiste, contacte le camp militaire du Larzac, puis la RMDA de Bordeaux (Région Militaire de Défense Atlantique), le commandement de l’Etat Major, etc. Pour, cette fois, nous rendre à l’évidence : il n’y avait pas d’exercice militaire dans le coin.

Entre temps, la fine équipe d’enquêteurs n’a pas perdu de temps : elle est revenue sur les lieux (avec la neige !) en compagnie du témoin. Une fois, et puis deux. L’appel à témoins est répercuté par les journaux, largement répercuté d’ailleurs. Des demi pages, c’est dire ! Le Midi Libre bien sûr, prend l’affaire au sérieux, puis d’autres à sa suite, jusqu’à RMC qui nous court après... Parce que, cette fois, il y a le film... Un film que nous nous empressons d’expédier à un grand spécialiste de la question, en la personne de François Louange, directeur de la société Fleximage à Paris. Les images sont visionnées, analysées, en long, en large et en travers, pour un résultat bien mince, à part la conclusion dont nous nous doutions déjà : il ne s’agit pas d’un trucage.

Sur place, les choses vont bon train : des photos sur les lieux, des rencontres avec les autochtones, des schémas, des tentatives d’explications, et même une reconstitution depuis l’autoroute, encadrés par la gendarmerie de la DDE ! La presse nous a aussi ramené quelques appels téléphoniques, d’observations récentes et anciennes, mais rien d’exceptionnel.

« Le film est réellement intrigant » avouait François Louange. Alors nous sommes partagés. D’un côté, nous espérons détenir là un de ces dossiers dont tout le monde rêve, c'est-à-dire le cas béton ; de l’autre, nous devons rester très prudents, car n’ayant pas encore approfondi l’enquête, éliminé toutes les hypothèses... C’est cette démarche très prudente qui prévaudra sur les ondes et dans les colonnes des quotidiens, et qui nous servira, une fois de plus, confortant notre crédibilité auprès de quelques autres associations et de l’organisme officiel en charge des dossiers OVNI. Certes, nous sautons de joie, certains jours, lorsque nous faisons des photos sur les lieux et découvrons au développement des clichés une soucoupe volante survolant les lieux... Oui, mais la soucoupe s’avèrera être un insecte spatial nettement identifié (heureusement que nous ne l’avons pas publiée en couverture de certaines revues « prouvant » l’existence de parasitages etc. etc...) Et oui, la vérité est parfois ailleurs, mais cette fois elle tombe, toute crue, au moment où on ne l’attendait plus : lors de notre enième retour, Thierry Gaulin me crie : « Arrête ! Arrête ! Le voilà, notre OVNI ! ». Au loin, dans la même direction que nous l’avait signalé monsieur D., nous découvrons, stupéfaits, les mêmes traînées lumineuses, tronquées, oranges, immobiles... Matraquage avec nos appareils photo, et déception évidente, ben oui... Déçus mais fiers d’avoir découvert la vérité. Nous étions arrivés au bon moment, dans les mêmes conditions météorologiques, pour observer de magnifiques traînées d’avions !

La conclusion de cette enquête a évidemment été diffusée auprès des médias. Ce qui nous a, d’une part, apporté son lot d’accusations de « démolisseurs de l’ufologie » et, d’autre part, permis de franchir un barreau de plus sur l’échelle de la crédibilité (qui en compte..... ?) L’affaire de Millau classée, nous pouvions nous atteler à autre chose, et nous verrons que nous n’expliquons pas tout, rassurez-vous...

Bruno Bousquet, Trésorier d'OVNI-Languedoc

►Pour en savoir plus : « OVNI, où est la vérité » (Lacour, 2005), pages 193 à 208 ; Phénomèna, n°42, pages 5 à 10 ; le Midi Libre, 23/6/1999, 4/11/1999, 17/7/2000.